Métissage et identité composite chez Leontia Flynn
Christelle Sérée-Chaussinaud  1, *  
1 : (Université de Bourgogne)
(Université de Bourgogne), Université de Bourgogne
* : Auteur correspondant

Dans “Letter to Friends”, long poème épistolaire librement inspiré par le volume Letters from Iceland de W.H. Auden et Louis MacNeice, Leontia Flynn compose un autoportrait en trois volets, fruit de l'examen rétrospectif et introspectif de tout ce qui a fait son existence jusqu'à son accession récente à la maternité.

Il ressort de cet inventaire intime une identité plurielle ou « composite » pour reprendre l'expression d'Édouard Glissant, où le métissage et la diversité culturelle relèvent tout autant de l'histoire, de la mondialisation et d'une exposition à une multiplicité de facteurs étrangers à travers les voyages que de glissements et de ruptures temporelles, de mutations du langage et de césures psychiques.

Je m'attacherai donc à montrer comment ce poème lyrique et à bien de égards polyphonique, foisonnant de commentaires en aparté et de registres langagiers différents, embrassant toutes les thématiques en même temps qu'il passe en revue tous les effets personnels de la jeune femme, est un « poème-rhizome », reflet d'une identité elle-même rhizomique.

Je montrerai comment cette identité s'agence et se tisse autour d'une multitude de centres qui se subdivisent et changent à l'infini plutôt qu'autour d'un centre unique (identité nationale, identité sexuelle, identité économique, filiation, création et écriture, religion, etc.). Je montrerai aussi comment l'interculturalité nait de l'écoulement du temps et de l'esquive du passé ; comment elle se matérialise dans la cacophonie des discours (tweets, sms, courriels, mais aussi poésie contre culture de masse) ; comment, enfin, elle s'expérimente dans la relation à l'autre – le père absent du fait de la maladie dans sa présence même ; l'autre « dématérialisé » sur un écran d'ordinateur ou une photo-jaunie. Dans “The Furthest Distances I've travelled”, Flynn note d'ailleurs que le plus dépaysant et le plus enrichissant des voyages, est celui que l'on effectue à la découverte de l'autre : “the furthest distances I've travelled / have been those between people. And what survives / of holidaying briefly in their lives.” D'ici ou d'ailleurs, l'autre est celui nous métisse le plus.


e
Personnes connectées : 1